L’épuisette… Un accessoire indispensable!

Par Jérôme Poiret

***L’EPUISETTE… UN ACCESSOIRE INDISPENSABLE***

Leurriste depuis 35 ans, j’ai naturellement eu l’occasion de capturer des milliers de carnassiers d’espèces diverses, d’en décrocher bien plus encore, mais aussi malheureusement d’en blesser une certaine proportion, lorsque je ne me suis pas fais charcuter moi-même.

L’expérience me poussant à revoir mes priorités et à me poser les bonnes questions, je me suis demandé au fil du temps comment optimiser mes chances de capture tout en limitant considérablement la probabilité d’abîmer ma prise ou de me blesser moi-même.
Car quitte à remettre un poisson à l’eau autant le faire dans les meilleures conditions.

Cette réflexion m’a dans un premier temps incité à utiliser autant que faire se peut des hameçons simples sur mes poissons nageurs et hameçons texans sur mes leurres souples, mais là n’est pas le sujet bien que nous y reviendrons plus bas.

Aujourd’hui je partagerais plutôt ma vision relative à la manipulation des poissons, et plus particulièrement de l’utilité de notre bonne vieille épuisette pour faciliter cette manœuvre parfois délicate.

Etant gamin, nous ne sortions jamais sans cette dernière, et le plaisir d’hurler à qui veut l’entendre “L’EPUISEEEETTTE!!!!!!!”, à chaque prise un peu plus grosse que la moyenne, a laissé place à de banales “POISSON!!!”, “FISH ON!!!” pour se la jouer Ricain, ou encore “PENDU!!!” qui reste mon préféré.
Mais ça c’était avant de se mettre dans la tête que ça portait la poisse, sans imaginer une seule seconde que nous ne pêchions tout simplement pas comme des pros et que nous ne pouvions pas toujours prendre du poisson. Une bonne excuse de pêcheur en somme.
Avant les premières vidéos de pêche au Black-Bass où pour avoir la classe il fallait saisir son fish à la main et le présenter gueule cassée devant l’objectif.
Avant nos premières sessions en bateau ou nos premiers float-tubes grâce auxquels nous pouvions saisir nos proies d’un geste habile plus facilement que du bord.

Brochets, Sandres, Perches, Black-Bass et autres, l’épuisette n’avait plus lieu d’être, et je constate que c’est plus ou moins toujours d’actualité pour certains pêcheurs qui se vantent de saisir tous leurs poissons à main nue, en se moquant parfois ouvertement de ceux qui ne se sentent tout simplement pas à l’aise dans cet exercice.
Car quand tu lis des réflexions du genre :”Si tu ne sais pas saisir un fish à la main arrêtes la pêche!”, tu te dis :”Bravo les gars, excellent conseil, vous êtes pédagogiquement au top pour encourager les débutants!”

Faisant un long moment partie de ces valeureux pêcheurs insensibles aux dents d’un brochet ou aux hameçons d’un leurre, j’ai vécu assez d’expériences malheureuses pour revoir complètement mon jugement.
Non pas que je ne manipule plus aucun poisson à main nue ou que je me serve systématiquement de l’épuisette, mais j’ai appris à faire la part des choses et à ne plus prendre de risque inutile quand je ne le sens pas, tant pour moi que pour mes prises.

Parmi ces incidents que je préfère aujourd’hui éviter, je citerais pêle-mêle :

– Quelques dizaines de Brochets dont de belles poutres décrochés ou repartis avec un leurre à 20 balles ou plus dans la gueule, alors qu’ils étaient à porté d’épuisette mais pas forcément de main.
– Idem pour quelques gros Bass fiers de me faire la chandelle de la dernière chance avant de m’adresser un gros Fuck d’au revoir.
Me privant au passage d’une belle photo souvenir ou tout simplement de me sortir du légendaire capot.
– Je ne compte même plus les perches à la gueule fragile reparties dans les mêmes circonstances.
– Quelques blessures de brochets m’obligeant à abréger une session très prometteuse.
– Des hameçons qui passent à 2mm des doigts lorsque les poissons se débattent, me rappelant au passage que j’ai beaucoup de chance de ne jamais m’en être planté un.
– Des combats qui s’éternisent inutilement en attendant de pouvoir trouver la bonne prise, au risque de fatiguer un poisson fragile à certaines périodes de l’année.
– Des brochets très virulents dont on abîme inutilement les ouïes en voulant maintenir la prise coûte que coûte, qui nous échappent parfois avec les conséquences que ça engendre.
Je garde d’ailleurs le souvenir de l’ouïe d’un brochet quasi mètré cassant sous son poids, entrainant une chute fatale sur un rocher ne permettant pas au poisson de repartir vivant. (Eh oui je suis honnête et il n’y a que les menteurs ou ceux qui ne prennent pas de poisson qui ne font jamais de boulette.).
– Des temps de manipulation hors de l’eau qui s’éternisent entre le décrochage et la traditionnelle photo à laquelle nous tenons tant.

La liste n’est pas exhaustive mais ces quelques arguments m’ont donc conduit à revoir mes pratiques au fil des ans.

Ainsi, après un très bref essai du moderne et classieux Fish Grip rotatif, bien en apparence mais tout simplement nul à chier pour l’intégrité physique de nos partenaires de jeu si on ne maîtrise pas parfaitement l’objet, j’ai donc racheté une épuisette bateau ainsi qu’une pour mon float-tube, qui ne me quitteront plus tant leurs avantages sont indéniables.

Tout ceci pour mettre en avant une petite méthode que j’applique aujourd’hui instinctivement, que beaucoup utilisent déjà car je n’ai absolument rien inventé, mais que nous aimerions certainement tous voir se généraliser.
D’où mon désir de partager ce post qui pourrait aider à convaincre quelques pêcheurs, notamment les débutants, de franchir le pas.

Ce qui suit sera principalement adapté à une pratique en float-tube, voir en bateau. Du bord, l’épuisette se montre également indispensable, mais pour d’autres raisons comme l’impossibilité de s’emparer d’un beau poisson autrement et lui éviter un contact direct avec le sol tout en l’empêchant de se blesser en sautant partout, sur un quai béton par exemple.

Avant toute chose, il faudra investir dans une épuisette à mailles adaptées à la pêche aux leurres afin de limiter l’accrochage intempestif des hameçons.
D’un diamètre assez large et au filet assez profond pour pouvoir contenir une grosse prise, car personne n’est à l’abri d’un poisson record (à part moi peut-être.).
Si possible flottante pour pouvoir occasionnellement s’en servir de bourriche le temps d’exploiter convenablement un banc de perches ou de rejoindre un ami pour la photo souvenir.
J’utilise personnellement une GUNKI Float-Tube GM flottante d’un diamètre de 80cm pour 60cm de profondeur de filet, qui me convient parfaitement mais qui pourrait-être un peu petite pour un très gros poisson. Nul doute qu’un joli métré tiendrait dedans mais je vous le dirais quand j’en aurais pris un.
Sa taille me permet de la garder en permanence devant moi prête à l’emploi, mais un modèle plus large tient parfaitement derrière son siège donc ne lésinez pas et évitez les modèles plus petits dont l’utilité sera très limitée, y compris pour une pêche en Ultra-Light.

Ceci fait, vous pourrez mettre en oeuvre ce qui suit, enfin si vous êtes convaincus.

Lorsque je ferre un poisson, mon premier réflexe est d’évaluer sa taille et la manière dont il est piqué.
S’il est pris au bord de la gueule et que je n’ai pas l’intention de prendre une photo, je le décroche souvent directement dans l’eau sans même l’épuiser, et s’il se décroche de lui-même avant la manoeuvre c’est encore mieux.

Lorsque le poisson est plus gros et/ou piqué sérieusement, je l’épuise systématiquement.
Ceci fait je le libère du leurre sereinement avant de raccrocher ce dernier sur ma canne et d’écarter celle-ci pour éviter tout incident. Le mieux étant de la remettre sur son support.
Notre ami calmé je peux le saisir délicatement pour une éventuelle photo sans trop risquer un soubresaut de sa part.
Si je suis seul je m’arrange pour prendre la photo du poisson dans l’épuisette ou en le sortant à peine quelques secondes avant le release.
J’évite les Selfishs, d’une part car je ne suis pas photogénique, d’autre part car c’est le poisson que je veux mettre en valeur et non moi-même, et pour finir cette opération superflue peut amener à des manipulations hasardeuses pouvant être néfastes pour sa prise. Histoire de chipoter.

Si je suis accompagné, il me suffit de laisser le poisson dans l’épuisette le temps de rejoindre mon partenaire.
A ce propos je dois le “doublé” dont je suis le plus fier à cet avantage indéniable.
Ayant épuisé un joli Bass de 50up, je décidais de rejoindre mon pote à 30m pour un petit cliché, tout en effectuant 2/3 lancés le temps de l’atteindre.
Un petit skip’ sous un arbre et j’attelais son jumeau qui se retrouvait dans la même épuisette.
1m de bass en 2 minutes dans le même panier ça fait toujours plaisir, et je serais passé à côté de ce coup double sans mon filet.

N’ayant pas de leurre à promouvoir (ce n’est pas une critique), il est donc exceptionnel que je prenne la photo avant de libérer le leurre de la gueule du poisson. Et lorsque je le fais c’est uniquement quand le poisson est bien piqué, que mon partenaire est proche pour le cliché et que je le sens bien.
Ceci pour éviter tout risque d’incident car un poisson qui se débat violemment risque de vous échapper des mains si la concentration n’est pas là, et s’il a un leurre dans la gueule je vous laisse imaginer ce qu’il peut se passer.
Perso, après avoir eu chaud à quelques reprises, j’ai aujourd’hui une certaine appréhension et j’y pense chaque fois que j’ai un beau fish entre les mains.

Vous comprendrez aisément que cette façon de faire présente de multiples avantages dont je vous rappelle ci-dessous les principaux :

– Le temps de manipulation hors de l’eau est considérablement réduit si ce n’est nul. Ce qui fait qu’en cas de fortes chaleurs, de poisson mal piqué ou fatigué par un rude combat, vous lui laissez une chance de plus de récupérer.
– Le risque de blessure est moindre tant pour le poisson que pour le pêcheur.
– L’épuisette peut servir de vivier temporaire.
– Le risque de perdre un poisson sur un dernier rush ou un soubresaut lors de la manipulation est considérablement réduit.

Inconvénient :

Puisqu’il n’y a pas ou peu de solutions infaillibles à la pêche, certains me diront que l’épuisette peut s’avérer pire que mieux lorsque les hameçons triples se prennent dans les mailles, y compris des mailles plastiques adaptées.
Ils auront parfaitement raison et ce n’est pas moi qui dirait le contraire après avoir assisté à quelques saucissonages en règle,
dont l’un d’eux m’a juste fait vriller tellement c’était le bordel.

Deux solutions pour limiter ce genre d’incidents :

– J’utilise des hameçons simples sur 95% de mes poissons nageurs et je limite au maximum l’usage de triple sur les gros leurres souples en priorisant ceux adaptés aux hameçons texans (Exit donc le montage shallow la plupart du temps.).
– J’ai toujours une pince à portée de main et je n’hésite pas une seconde à découper rapidement les mailles du filet en cas d’incident.
Même si je suis habituellement très soigneux avec mon matériel, limite maniac, je me dis que quelques trous dans une épuisette ne gêne en rien son utilisation.
Au contraire même, car moins il y a de mailles moins le risque de s’accrocher au filet est grand, et plus il est facile de s’en défaire.

A vos épuisettes et bonne déroule à tous.😉😉😉

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